17h22 CEST
09/06/2026
La Somalie a réagi avec indignation mardi après que son arbitre Omar Artan, pourtant désigné meilleur arbitre africain l'an dernier, a été refoulé samedi à son entrée aux Etats-Unis, la Fifa ayant ensuite annoncé qu'il n'officierait pas durant la Coupe du monde de football qui débute jeudi.
Le pays de la corne de l'Afrique est l'un des nombreux Etats dont les citoyens sont frappés d'une interdiction de voyage aux Etats-Unis par l'administration de Donald Trump. Fin novembre 2025, le président américain l'avait qualifié de "pays pourri" et fait part de son intention de mettre fin au statut spécial protégeant les ressortissants somaliens d'une expulsion.
Mardi, le ministère de la Jeunesse et des Sports somalien a défendu "l'intégrité" d'Omar Artan, l'assurant de son "soutien indéfectible".
Omar Artan a été refoulé samedi à son arrivée à l'aéroport international de Miami (Floride). La police aux frontières américaine (CBP) a expliqué à l'AFP qu'il avait été jugé "inadmissible en raison de problèmes liés à la vérification de ses antécédents" et que l'arbitre s'était dès lors "vu refuser l’entrée sur le territoire".
Dans un entretien téléphonique accordé mardi au New York Times depuis Istanbul, où il a été renvoyé, l'arbitre somalien, âgé de 34 ans, a indiqué qu'il ignorait les raisons pour lesquelles il avait été interdit d'entrée sur le territoire des Etats-Unis.
"J'avais les bons documents, j'avais tout, j'avais le bon visa", a-t-il dit, faisant part de sa déception: "Je ne suis qu'un arbitre qui tentait de vivre son rêve, le plus grand rêve de ma vie, participer à la Coupe du monde."
Omar Artan a raconté avoir été interrogé pendant onze heures avant d'être emmené vers une cellule de rétention où il a été détenu pendant plusieurs heures puis embarqué à bord d'un vol retour pour Istanbul.
Titulaire du statut Fifa depuis 2018, Artan, qui officie dans le championnat somalien, était le premier arbitre somalien retenu pour une phase finale de Coupe du monde.
Mais la Fifa a indiqué lundi à l'AFP qu'il ne pourrait ni s’entraîner ni officier lors de la Coupe du monde 2026, après s’être vu refuser l’entrée aux États-Unis. "C'est le gouvernement du pays hôte qui détermine en dernier ressort qui reçoit un visa et qui est admis sur son territoire", a justifié l'instance dans un communiqué.
Les raisons du refoulement d'Omar Artan, qui a notamment arbitré en Coupe d'Afrique des nation (CAN), ne sont pas connues mais Andrew Giuliani, responsable à la Maison blanche de l'organisation de la Coupe du monde, a tenté mardi de justifier son exclusion. "Je ne peux pas entrer dans les détails mais ce que je peux vous dire, c'est que c'était pour une très bonne raison", a-t-il assuré.
- "Jeté en pâture" -
"Omar Abdulkadir Artan disposait d'un visa en règle", avait assuré lundi à l'AFP Ciise Aden Abshir, haut conseiller auprès du ministère somalien de la Jeunesse et des Sports et ancien capitaine de l'équipe nationale somalienne, appelant "la communauté du football (à) le soutenir en cette période difficile"
Son éviction a provoqué un tollé unanime en Somalie, pays pauvre et instable, où d'intenses combats ont opposé la semaine dernière des forces gouvernementales et de l'opposition, aggravant la crise politique qui y sévit depuis des décennies.
Le pays est aux prises depuis près de 20 ans avec l'insurrection des islamistes shebab, liés à Al-Quaïda, qui contrôlent de vastes pans du territoire.
"Il ne représente pas seulement la Somalie, mais les aspirations de millions d'Africains qui croient que l'excellence doit être reconnue mondialement", a lancé sur X l'ex-Premier ministre et opposant Hassan Ali Khaire. "Omar, l'Afrique et le monde te soutiennent", a-t-il ajouté.
Il est "particulièrement préoccupant qu’un professionnel de son calibre semble avoir perdu cette opportunité historique non pas en raison de sa conduite, de ses qualifications ou de ses accomplissements, mais à cause des circonstances liées à son pays d’origine", a estimé le député de l'opposition Abdirahman Abdishakur, également sur X.
M. Abdishakur faisait référence aux nombreux assauts verbaux de Donald Trump contre la Somalie et la communauté somalienne vivant aux Etats-Unis, particulièrement à Minneapolis, grande ville du Minnesota, où les Américano-Somaliens dénonçaient en début d'année les violences exercées à leur encontre par la police de l'immigration (ICE).
L'ancien ministre Abdirashid Hashi a de son côté lancé un réquisitoire violent contre la Fifa, qui aurait dû "soutenir son arbitre" au lieu de le "jeter en pâture sans chercher d'alternatives".