10h16 CET
18/03/2026
La tempête qui entoure la finale de la CAN 2025 ne relève plus d’une simple controverse. Elle interroge profondément le fonctionnement du football africain. En attribuant le titre au Maroc sur décision administrative, la Confédération Africaine de Football a ouvert un débat : celui de la crédibilité de la compétition. Car les faits sont têtus. Des joueurs du Sénégal ont quitté la pelouse, oui. Mais sont revenus. L’arbitre a autorisé la reprise. Le match est allé à son terme. Le coup de sifflet final a été donné. Le trophée a été remis. Dans le football, ces éléments ne sont pas secondaires. Ils sont fondamentaux. En droit du sport, la jurisprudence est constante. Lorsqu’un match reprend et se termine normalement, le résultat acquis sur le terrain est protégé. Des sanctions disciplinaires peuvent exister. Amendes, suspensions, rappels à l’ordre. Mais elles n’effacent pas le score. Sauf cas extrêmes : corruption, dopage, atteinte grave à l’intégrité du jeu. Rien de tel n’a été évoqué dans ce dossier. Dès lors, la décision de la Confédération Africaine de Football interroge. Peut-on déclarer forfait une équipe dont le match a été validé par l’arbitre ? Peut-on revenir sur un résultat entériné par les officiels, les rapports de match et une cérémonie protocolaire ? En agissant ainsi, l’instance continentale prend le risque de fragiliser un principe essentiel : la stabilité des compétitions. Un autre élément pèse dans le débat. Le rôle de l’arbitre. Selon les lois du jeu, ses décisions sur le terrain sont finales. En autorisant la reprise, il a validé la continuité du match. En laissant la rencontre aller à son terme, il a implicitement reconnu sa validité. Revenir après coup sur ce processus, c’est remettre en cause l’autorité même de l’arbitrage. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Beaucoup dénoncent une décision incompréhensible, voire ridicule. Au sein même de l’institution, des voix s’élèvent. Augustin Senghor parle de violation des lois du jeu. Un signal fort, qui traduit un malaise profond. Désormais, l’affaire se jouera devant le Tribunal Arbitral du Sport. Là-bas, il ne sera plus question d’émotion ou de pression. Il sera question de droit. Et la jurisprudence du TAS est claire : lorsque le match a été disputé jusqu’au bout et validé, le terrain doit primer. Au fond, ce dossier dépasse largement le cadre d’une finale. Il pose une question essentielle : que vaut encore un résultat sportif en Afrique ? Si une décision administrative peut effacer ce qui s’est joué pendant 120 minutes, alors c’est tout l’équilibre du football qui vacille. Le TAS dira le droit. Mais une chose est déjà certaine. Dans cette affaire, ce n’est pas seulement un trophée qui est en jeu. C’est la crédibilité même du football africain.