11h36 CET
21/03/2026
Dans un entretien exclusif avec Africa Top Sports, Hubert Velud, nous parle de son nouveau poste de sélectionneur des Comores. Expérimenté tacticien qui a traversé l'Afrique, le Français de 66 ans fait des promesses aux Comoriens et se prononce aussi sur le chaos lié à la finale de la CAN 2025 disputé en début d'année entre le Sénégal et le Maroc.
Africa Top Sports (ATS) : Qu’est-ce qui vous a convaincu dans le projet de la Fédération Comorienne de Football pour accepter ce défi ?
Velud : Il y a un nouveau projet. On part d'une page blanche, c'est-à-dire qu'il y a une génération qui est partie, une génération d'anciens. Ça faisait très longtemps qu'ils étaient là, et il y a cinq, six anciens qui ne sont plus là, et il y a une génération émergente. Une génération de jeunes joueurs avec un fort potentiel. Donc, il y a quelque chose à construire sur la durée. C'est vraiment ça qui m'a convaincu, et également la mentalité, l'état d'esprit des gens là-bas [Comores], sur place, vraiment des gens très positifs, très bien accueillants, et des gens qui ont envie de construire quelque chose sur la durée.
ATS : Votre contrat mentionne-t-il un objectif impératif de qualification pour la prochaine CAN ou Coupe du monde ?
Velud : Non !
ATS : Vous avez deux matchs ce mois-ci contre la Namibie et le Kazakhstan ; que peut-on attendre de ces deux amicaux ?
Velud : Ces deux matchs sont intéressants dans le sens où les éliminatoires de la prochaine CAN vont arriver très vite, ça sera en mois de septembre. Donc c'est l'objectif principal de ma mission : se qualifier pour cette CAN. En fait, il y aura deux rassemblements avant septembre, c'est-à-dire fin mars, les deux matchs amicaux que vous avez cités, et également on espère faire un rassemblement en juin. Donc, deux rassemblements avant septembre, c'est très intéressant, et je vais pouvoir travailler déjà tout de suite les principes de jeu, mais aussi peut-être découvrir les joueurs bien sûr, et aussi mettre l'accent sur l'esprit de groupe. Former un groupe, construire un groupe on dira, un nouveau groupe, je le répète, qui a été pas mal renouvelé. Donc, beaucoup de travail en perspective, et également découvrir des joueurs que je connais peut-être un peu moins bien.
ATS: Les Comores sont sur une pente ascendante depuis 2021, comment comptez-vous entretenir cette dynamique positive ?
Velud : C'est une des raisons de ma venue aussi. La courbe de progression est indéniablement positive vers le haut. Maintenant, il y a encore du travail et des progrès à faire. Moi, je viens dans un esprit de progrès, de faire progresser cette nation à travers une jeune génération.
ATS : À la dernière CAN au Maroc, les Comores ont été battues par l'hôte, mais ont tenu tête à la Zambie et au Mali. Comment appréciez-vous le parcours stoppé aux portes des huitièmes.
Velud : Je pense que la dernière CAN des Comores n'a pas été mauvaise, mais ce qui a peut-être manqué c'est une victoire contre la Zambie, c'était faisable, c'est un peu ça. Il manquait deux points pour passer en huitièmes, c'est dommage, mais c'était pas mal quand même.
ATS : Comment comptez-vous gérer l'équilibre entre les joueurs binationaux évoluant en Europe et les talents locaux ?
Velud : Pour l'instant la présence des locaux en équipe nationale des Comores est pratiquement inexistante, donc je compte bien développer ce point, explorer, détecter éventuellement des locaux intéressants, souvent aussi les locaux qui évoluent en Afrique. Donc, la détection en Afrique des Comoriens fait partie de mon travail aussi, mais aussi aux Comores. C'est un point que je compte bien développé.
ATS: Vous connaissez bien le football d'Afrique de l'Est via votre passage au Soudan ; est-ce un atout pour aborder les spécificités de la zone COSAFA ?
Velud : Ce que je peux constater c'est que les nations qui composent la Cosafa sont plutôt en progrès, le Soudan est en progrès, la Tanzanie est en progrès, toute la région Est là-bas. Les Comores sont en progrès, il y a une vraie dynamique qui existe dans cette partie Est de l'Afrique. Donc oui, il y a une vraie dynamique et également beaucoup d'engouement pour le football. On peut en être témoin avec la CAN 2027, la prochaine CAN qui sera co-organisée dans trois pays de l'Afrique de l'Est, en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda. Donc ça démontre une vraie dynamique.
ATS : Quelle est, selon vous, la plus grande différence entre entraîner un "géant" comme le Burkina Faso et une nation "émergente" comme les Comores ?
Velud : C'est très différent. Au Burkina, c'est vrai que l'équipe était un peu fait de court, c'est-à-dire qu'il fallait surtout gérer le présent. Je pense qu'aux Comores, ce n'est pas du tout le même travail, il faut construire pour l'avenir. C'est un travail différent, peut-être plus en profondeur et aussi plus axé sur la détection et sur la capacité à faire des progrès à cette équipe. Donc c'est vrai que c'est différent. Au Burkina, on était plus dans la gestion que vraiment dans la construction.
ATS : Ayant remporté la Coupe de la Confédération avec le TP Mazembe, comment insufflez-vous cette "culture de la gagne" à une sélection nationale ?
Velud : Je crois que cette culture-là, on la fait passer surtout par la dynamique de groupe. C'est-à-dire qu'une sélection, dans mon esprit, ce n'est pas forcément composée des meilleurs joueurs du pays, mais c'est un groupe. C'est-à-dire que c'est aussi un groupe équilibré dans son contenu et aussi c'est un vrai groupe. Surtout les nations qui ne sont pas sur le devant de l'Afrique. C'est-à-dire qu'il faut compenser par une dynamique de groupe très forte, une solidarité très forte pour compenser peut-être des manques techniques ou tactiques. Mais je pense qu'avec cet état d'esprit - un certain état d'esprit - que je compte bien installée, on peut arriver à faire de grandes choses.
ATS : Si vous devriez placer quelques mots sur la récente décision du Jury d'Appel de la CAF de remettre la CAN 2025 au Maroc, après la victoire 1-0 du Sénégal dans une finale chaotique, que diriez-vous ?
Velud : Je suis vraiment confus et désolé de ce qui est arrivé en finale de la dernière CAN au Maroc. Ce que je peux dire, c'est que j'ai participé à la CAN en Côte d'Ivoire, celle qui se situait juste avant celle du Maroc. Et là, j'avais constaté beaucoup de progrès dans l'organisation. En Côte d'Ivoire, c'était une CAN très bien organisée où il n'y a pas eu de problème d'arbitrage, où il y avait une certaine rigueur dans l'organisation. Mais au Maroc également, c'est-à-dire que les progrès étaient confirmés dans l'organisation puisque la CAN a été bien organisée globalement. Et c'est vrai que les incidents de la finale sont venus entacher tout ça. Depuis quelques années - puisque moi j'ai connu 2010 [CAN Angola 2010], j'ai connu l'attentat avec le Togo à Cabinda - il y a eu énormément de progrès depuis dans l'organisation globale des CAN. Et ce qui est dommage, c'est que ça vient entacher la belle dynamique sur l'organisation qu'il y avait. C'est vrai qu'au niveau de l'image, ce n'est vraiment pas une bonne chose ce qui est arrivé à la dernière CAN. Mais quelque part, je me dis aussi que ça permettra de prendre conscience à tout le monde que ça ne doit plus arriver. Il y aura une prise de conscience, j'espère, en général. Il en va de la crédibilité du football africain. De toute façon, il faut que les choses s'apaisent. Que ce soit au niveau de l'arbitrage ou de l'organisation, il faut avoir beaucoup de rigueur. Parce que maintenant, au niveau sportif, les CAN sont de plus en plus intéressantes. C'est-à-dire que c'est des matchs de haut niveau, c'est du spectacle, c'est vraiment intéressant. On a fait des grands progrès tactiquement et techniquement en Afrique sur les équipes nationales pour jouer un football de haut niveau. Donc, il faut que le reste suive absolument.
ATS : Merci de votre disponibilité et bonne chance pour votre nouvelle aventure avec les Comores.
Velud : Merci à vous aussi.