09h02 CEST
16/05/2026
Écarté de l'Olympique Lyonnais l'an dernier, l'homme d'affaires américain John Textor accumule les déboires également au Brésil, où il semble proche de sortir par la petite porte d'un Botafogo criblé de dettes.
Pourtant, en 2024, le magnat américain avait été érigé en héros par les supporters: le club de Rio, qu'il avait racheté deux ans plus tôt, venait de réaliser un fabuleux doublé, décrochant la même saison le titre de champion du Brésil et la Copa Libertadores.
Mais la situation financière s'est dégradée, le club accusant une dette de 2,7 milliards de réais (environ 460 millions d'euros), selon des rapports officiels.
John Textor, 60 ans, qui était à la tête d'un conglomérat comprenant notamment l'OL, mais aussi Crystal Palace, revendu l'an dernier quand les problèmes financiers ont commencé, compte s'accrocher jusqu'au bout à Botafogo, même s'il a été écarté de la direction par un tribunal arbitral le mois dernier.
Et jeudi, nouveau coup de semonce: il a été désavoué publiquement pour la première fois par la SAF Botafogo, société anonyme qui gère le club.
Dans un communiqué lapidaire, la SAF l'accuse de ne s'être "absolument pas préoccupé de la stabilité financière et institutionnelle" du club, le plongeant dans une situation "extrêmement fragile".
Fernanda Gondim, journaliste sportive qui suit Botafogo au quotidien, dit à l'AFP que les problèmes de trésorerie sont tellement "critiques" qu'il a fallu "avoir recours à un prêt pour payer les salaires de mars".
- Les manœuvres de Textor -
La mise à l'écart de John Textor de la direction de Botafogo a pour origine un contentieux avec le conglomérat Eagle Football Holdings Bidco.
Ce groupe, avec lequel l'Américain contrôlait le club brésilien, Crystal Palace, l'OL et l'équipe belge de Molenbeek, a été placé sous administration judiciaire fin mars en Angleterre.
Pour garder au moins le contrôle de Botafogo, John Textor a assuré avoir trouvé un accord avec le fonds d'investissements Ares, principal créancier d'Eagle Bidco, pour un "apport de capital", sans donner plus de détails.
Pour Fernanda Gondim, il semble "très peu probable" qu'il puisse remettre la main sur le club de Rio, les socios "voulant le voir participer le moins possible".
- Nouveaux prétendants -
Botafogo a nommé cette semaine comme nouveau directeur général Eduardo Iglesias, 31 ans. Cet économiste, qui a travaillé avec John Textor au sein du club et chez Eagle Bidco, s'est brouillé avec l'Américain ces derniers mois.
Le club a reçu une offre du fonds d'investissements américain GDA Luma, qui compte en devenir l'actionnaire majoritaire, a indiqué à l'AFP une source proche des négociations ayant requis l'anonymat.
Ce fonds, spécialisé dans des actifs à risque, a investi dans le Cirque du Soleil quand ce dernier était au bord de la faillite.
Botafogo pourrait d'ailleurs être placé à son tour en redressement judiciaire.
C'est une procédure "moins traumatisante qu'il n'y paraît", explique la même source anonyme: "Cela permet de restructurer radicalement la dette", tout en "ayant pour priorité" la survie du club.
- Et sur le terrain? -
Actuellement interdit de transferts, le club a obtenu en avril auprès de la justice brésilienne la condamnation de l'OL à lui verser 20,8 millions d'euros pour des dettes impayées.
Loin du niveau affiché en 2024, quand il a atteint le sommet du football sud-américain, Botafogo végète actuellement en milieu de tableau dans le championnat brésilien.
"Nous avons réussi à rester à l'écart" des problèmes extra-sportifs, a néanmoins déclaré le mois dernier l'entraîneur de l'équipe, le Portugais Franclim Carvalho.
Mais les problèmes financiers ont clairement affecté la qualité de l'effectif: le club n'a pas pu retenir ses joueurs les plus talentueux de la saison 2024, comme Thiago Almada, Luiz Henrique ou plus récemment Jefferson Savarino.