17h12 CET
12/02/2026
La crise dans laquelle le football professionnel français est englué depuis des années a connu un nouvel épisode jeudi, avec le départ "irrévocable" du directeur général de LFP Media Nicolas de Tavernost, qui estime ne pas avoir le soutien des clubs professionnels et pointe du doigt la triple casquette du président du PSG Nasser Al-Khelaïfi.
Arrivé au chevet de LFP Media, la filiale commerciale de la Ligue de football professionnel (LFP), il y a neuf mois pour créer la plateforme Ligue 1+, Nicolas de Tavernost avait menacé mercredi de jeter l'éponge après la décision de la Fifa d'attribuer les droits TV du Mondial-2026 à beIN Sports au détriment de Ligue 1+.
L'ancien dirigeant de M6 avait demandé, pour poursuivre sa mission, le soutien des clubs professionnels français. En vain: jeudi après-midi, il a annoncé son départ "irrévocable" lors d’un conseil d’administration, a appris l’AFP d’une source proche du dossier. Il attendra qu'un successeur soit nommé pour partir.
Nicolas de Tavernost, âgé de 75 ans, avait pointé du doigt mercredi dans la décision de la Fifa la responsabilité du PSG, présidé par Nasser Al-Khelaïfi, également membre du Conseil d'administration de la Ligue et président de beIN Media Group.
Le conseil d’administration de la Ligue devait notamment décider s'il intentait un recours juridique contre la Fifa, avec qui LFP Media affirmait avoir signé un contrat pour la diffusion de l’intégralité des matches du Mondial-2026, mais qui a préféré se tourner vers beIN Sports.
Tavernost souhaitait défendre les intérêts de Ligue 1+ par un recours contre la Fifa. Mais il n'a pas été suivi.
- Diallo contre un recours -
Le président de la Fédération française Philippe Diallo était lui opposé à une telle action en justice. "On est une année de Coupe du monde et cette plainte ne me paraissait pas opportune à quelques mois de la Coupe du monde. Elle me paraissait également incertaine quant à son résultat. C'est pour ça que j'ai dit qu'il fallait tourner la page de ce dossier des droits TV du Mondial", a ainsi déclaré le président de la "3F" jeudi à Bruxelles en marge du tirage au sort de la Ligue des Nations.
Vincent Labrune, le président de la LFP, a salué, à l'issue du Conseil d’administration "le travail effectué" par Nicolas de Tavernost, précisant qu'il aurait "préféré qu'il choisisse de poursuivre sa mission", a appris l'AFP auprès de son entourage.
"Cependant, Nicolas de Tavernost avait posé une condition claire : bénéficier d’un soutien unanime de tous les clubs pour revenir sur ses déclarations de la veille (la menace de démission NDLR). Or, ce soutien n’est désormais plus total", a ajouté selon son entourage Labrune, pour qui les déclarations de Tavernost mercredi ont suscité de "l'émoi".
Son départ met au grand jour les divergences de points de vue autour de Ligue 1+, créée pour pallier le départ anticipé de DAZN, éphémère diffuseur de la Ligue 1 la saison passée.
Pour certains présidents, cette plateforme allait dans le sens de l'histoire et aurait permis après quelques années difficiles financièrement de ne plus être dépendant à terme des diffuseurs traditionnels avec qui les relations étaient extrêmement tendues.
Pour d'autres au contraire, elle n'aurait jamais généré - ou alors pas assez rapidement - de revenus suffisants pour les clubs, qui en sont pourtant dépendants. De façon vitale même pour certains d'entre eux.
- La brouille avec Canal+ à l’origine des maux -
Ceux-là auraient préféré que de Tavernost se rapproche de Canal+, en froid avec la LFP depuis 2021: depuis la saison dernière, la chaîne cryptée ne diffuse plus du tout le championnat pour la première fois depuis 1984.
Pour Philippe Diallo, la crise actuelle, "regrettable", montre "la nécessité d'une réforme de la gouvernance" de la LFP, afin notamment que les clubs ne soient plus dépendants de la manne financière des droits TV.
Le président de la "3F", qui donne délégation à la LFP pour gérer le foot professionnel, a proposé en mai 2025 avec autorité une telle réforme, visant à la création d'une "société des clubs" en lieu et place de la Ligue.
Elle ne serait plus dirigée par un président élu mais par "un directoire de trois ou quatre manageurs indépendants, sans lien avec les clubs pour éviter les conflits d’intérêts", expliquait-il alors.