00h12 CEST
23/05/2026
La fête jusqu'au bout de la nuit. A Lens, des milliers de supporters ont accueilli samedi après 04h00 du matin les joueurs Sang et Or, auteurs d'une saison magnifique ponctuée vendredi par la première Coupe de France de l'histoire du club.
Il est précisément 04h10 quand pénètre sur la pelouse du stade Bollaert le propriétaire du club, Joseph Oughourlian, tenant en main la célèbre coupe argentée que le RC Lens vient de remporter au Stade de France près de Paris (3-1 contre Nice).
Entre une épaisse fumée et des flammes crachées par des engins pyrotechniques, les joueurs se dirigent directement vers la tribune Marek, celle du kop et des ultras les plus chevronnés, dont certains ont la chance de toucher la coupe du bout des doigts.
Le long tour d'honneur, de près d'une demi-heure, s'achève par une chenille de plusieurs dizaines de mètres de long.
Des 38.000 spectateurs qui ont assisté vendredi soir depuis Bollaert à la diffusion de la finale sur écrans géants, seuls quelques milliers de courageux sont encore là. Mais le stade ne sonne pas creux, loin de là.
"On veut voir les gars avec la Coupe, ça fait 120 ans qu'on attend ça (depuis la création du club, NDLR)", souligne Bruno, 58 ans, Nordiste d'origine, un pull par-dessus son maillot sang et or pour affronter la fraîcheur de la nuit.
- "Coupe du peuple" -
"On est fiers de pouvoir donner des sourires, un peu de bonheur aux gens. On est dans une région qui souffre et ces moments ils n'ont pas de prix en fin de compte", commente Pierre Sage, l'entraîneur lensois.
"Les supporters le méritaient tellement (ce trophée, NDLR), ils nous ont toujours encouragés, toujours soutenus, et c'est aussi leur coupe à eux", réagit l'attaquant Wesley Saïd, la voix éraillée à force d'avoir chanté et crié toute la nuit.
"On a appelé cette coupe-là la Coupe du peuple, et on sait que le peuple lensois c'est un peuple spécial", abonde le défenseur Malang Sarr, soulignant "la délivrance" pour le club et ses supporters de décrocher enfin ce trophée.
Florian Thauvin, qui a montré la voie à ses coéquipiers en ouvrant le score lors de la finale, explique avoir eu "à coeur" de rendre aux supporters lensois "la confiance" qu'ils lui ont donnée dès son arrivée au club l'été dernier, où ils lui avaient réservé "un accueil extraordinaire" à l'aéroport de Lille-Lesquin.
Comme à chaque match à domicile cette saison, l'arène lensoise, 38.223 places, a affiché complet vendredi soir. Sauf que les spectateurs n'avaient pas face à eux les joueurs, mais six écrans géants installés sur la pelouse pour l'occasion.
Après le coup de sifflet final et la remise du trophée au Stade de France, des milliers de supporters se sont déversés dans les rues du centre-ville de Lens, envahissant les terrasses de bars et de restaurants, brandissant des feux d'artifice, des pétards et des bières.
- Parade samedi -
"Je ne pouvais pas voir cette finale autre part qu'ici", dit en souriant Julien Manys, 46 ans, un Nordiste d'origine encore sous le coup de l'émotion après l'ouverture du score. Tôt vendredi matin, lui, sa femme et leurs deux filles de 17 et 20 ans ont pris la route depuis le Jura où ils habitent, "en espérant que la fête dure tout le week-end".
Yassin, 46 ans, vient en voisin de Sallaumines, à quelques kilomètres de là. Arrivé dans le nord de la France il y a 12 ans depuis la Seine-Saint-Denis où il a grandi, il est "devenu un vrai ch'ti", "adopté" par le RC Lens.
Ovations pour les Lensois à leur entrée sur le terrain, buts célébrés dans un brouhaha assourdissant, frissons à chaque occasion niçoise: "Si on ferme les yeux, on croit que les joueurs sont là", s'amuse Yassin.
"C'était une belle saison, maintenant ça devient une saison exceptionnelle", se réjouit auprès de l'AFP le maire de Lens Sylvain Robert (PS), de retour du Stade de France.
A l'autre bout de la France, à Nice, l'ambiance est bien différente. Malgré la difficile saison du club, en barrage la semaine prochaine pour rester en Ligue 1, 7.600 personnes, selon la préfecture, se sont réunies dans la fan zone installée par la mairie. Mais elles se sont vite dispersées quelques minutes après le coup de sifflet final.
A Lens, la transe devrait continuer samedi, avec une parade des joueurs dans un bus à impériale, des abords du stade Bollaert jusqu'au parvis de l'hôtel de ville dans l'après-midi.